Qu’est-ce qu’un fou ?

Cette question se pose de tout temps. Toutes les sociétés humaines ont eu à faire à la folie même si celle-ci a pu prendre des significations diverses selon les cultures et les époques. En outre, de l’antiquité à nos jours, la folie a toujours suscité des réponses sociales spécifiques, en lien avec ces différentes acceptations.

Pour autant, la folie a une histoire qui ne se confond pas à celle, beaucoup plus récente, de la psychiatrie. C’est surtout à partir de la révolution qu’on ose penser que la folie peut être soignée et que les « fous » peuvent avoir la dénomination nouvelle de « malades ». C’est en ce sens que Michel Foucault a écrit : « C’est à une date relativement récente que l’occident a accordé à la folie un statut de maladie mentale. On a dit, on a trop dit que le fou avait été considéré jusqu’à l’avènement d’une médecine positive comme un possédé. »[1].

Tour à tour, le fou a été, en effet, envisagé comme étant possédé par le diable ou par les esprits ; insensé c’est-à-dire frappé de déraison ; atteint de lésions organiques (notamment cérébrales) ; victime de conflits psychiques ou éjecté du système symbolique régit par le langage (forclusion). De la folie aux maladies mentales, il y a eu changement de paradigme : de l’opposition entre raison et déraison, on passe, avec la naissance d’une nouvelle discipline médicale appelée psychiatrie, à une opposition entre la maladie et la santé. Ce changement de paradigme s’est accompagné, à la fois, de nombreuses recherches et théories ayant donné naissance à la psychopathologie, mais aussi d’une nouvelle législation structurant et sécurisant la prise en charge des malades.


[1] M. FOUCAULT, Maladie mentale et psychologie, Paris, PUF, 1954, p76